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Mais qui est donc cette mère parfaite ?

 

D’après la légende, elle se lève fraîche et maquillée. Ses cheveux sont parfaitement coiffés dès 6h du mat’ et elle prend son petit déjeuner au calme avant de prendre son temps pour une séance de méditation.

Elle réveille ses enfants dans la joie et la bonne humeur après leur avoir cuisiné un petit déjeuner complet, qu’ils prendront dans le calme, avant de filer mettre les vêtements immaculés, choisi par elle-même, pour qu’ils puissent être dans la tendance et être en accord avec son feed instagram, lui aussi d’un blanc immaculé. 

Quand tout ce petit monde souriant sera prêt, ils passeront à une activité Montessori, de préférence, permettant un développement autonome du cerveau de l’enfant en construction.

Le repas sera frais, bio, équilibré et sans gluten. Il sera composé de légumes, de lentilles et peut être de poisson, que les enfants dévoreront avec plaisir. La mère parfaite sera satisfaite et encore plus heureuse !

Elle rayonnera !

Bien entendu, ses enfants iront d’eux même à la sieste, ils connaissent parfaitement leurs besoins et savent les reconnaître. Pendant ce temps, la mère parfaite ira bronzer au bord de sa piscine ou trône une bouée flamingo, tout en savourant ce smoothies healthy au concombre et à l’ananas.

Ses enfants, reposés et calmes, iront calmement profiter de la piscine avant de partir en famille voire les œuvres de cet artiste vraiment très hype ! Puis la mère parfaite et sa marmaille rentreront dans leur véhicule blanc et étincelant. C’est d’un chic !

Le père parfait arrivera après le gouter, qui lui aussi sera de saison et équilibré. Le père est tout aussi parfait que la mère : Cheveux longs remontés en chignon, barbe travaillée et look assorti au mur instagram de sa chère et tendre épouse qu’il vénère comme une sainte. Il prendra du temps avec chaque enfant, c’est nécessaire pour leur équilibre. C’est écrit dans les livres !

Les enfants comblés iront jouer calmement avec leur jouet en bois équitable, pendant que les parents parfaits siroteront un mojito frais sur le bord de la piscine.

Puis viendra l’heure du bain où les enfants pataugeront dans le calme sans mettre une goutte d’eau sur le carrelage de la salle de bain. Ils enfileront un pyjama assorti au canapé, lui-même assorti au mur instagram de la famille parfaite.

Ils mangeront leur purée à la courgette et iront se brosser les dents sans l’intervention d’un quelquonque parent, car ces derniers prendront un peu de temps pour leur couple.

Un petit tour dans le salon, parfaitement rangé, pour l’histoire sacrée du soir que papa et maman raconte à tour de rôle, en prenant un fabuleux plaisir à mimer les animaux de la ferme, car c’est important pour le développement des enfants. C’est un rituel qui permet aux enfants de se coucher rassurés, ainsi ils ne se relèvent jamais pour boire de l’eau, passer aux toilettes ou demander un câlin, vu qu’ils sont comblés.

Les parents parfaits pourront ainsi profiter de leur soirée dans le calme avant d’aller se coucher pour une nuit complète de 8 heures.

 

Sais-tu que tout ce passe parfaitement pour cette famille grâce à l’éducation bienveillante ?

 

Et bien si. Mais si c'est vrai, les gens le disent sur internet !

 

Il parait que feuilleter, aux toilettes, « j’ai tout essayé » de Filliozat, une fois tous les trois ans, permet de trouver cette vie sereine où les cris et le dépassement de soi sont inconnus.

Grace à l’éducation bienveillante, les enfant ne crient plus.

Les parents ne crient plus jamais non plus, ils acceptent tout grâce à cette façon positive de s’adresser aux bambins.

L’éducation bienveillante c’est le secret pour une vie zen et sans vague comme à la fin de cette chanson d’Aldebert : Carpediem.

Tu vois ? Non ?

Alors ça dit : « J’me vois bien designer ou alors musicien. Elle serait avocate et puis aussi mannequin. Dans une vaste maison, vitrée au bord de l’eau, avec grand bouvier bernois, un peu pataud. Des enfants en boucles d’or qui courent dans le jardin… Un genre de famille Ingalls mais en moins américains… Et en beaucoup plus bien… Ouais… Beaucoup plus bien ! »

 

Truc de dingue comment l’éducation bienveillante te change la vie !

Et même qu’en combinant l’éducation bienveillante à la méthode KonMAri (il parait que ça marche aussi avec la méthode Fly Lady), la maison de la mère parfaite reste tout aussi parfaite que la pièce présentée chez Maison du Monde ! C’est pour ça que sur son instagram, tu ne vois jamais de bordel !

 

Donc en gros tu as le choix :

Choisir l’éducation bienveillante et avoir cette vie parfaite ou refouler l’éducation bienveillante et passer ta vie à gueuler.

Ce n’est pourtant pas difficile !

 

Franchement, vous croyez vraiment ça ???

 

Vous croyez vraiment que l’éducation bienveillante permet une vie parfaite ?

 

Vous croyez vraiment que les vies, vues sur instagram, sont aussi parfaites qu’elles le paraissent ?

 

Vous croyez vraiment qu’allaiter, éduquer dans la bienveillance et porter physiologiquement fait de celle et ceux qui en parlent des êtres parfaits ?

 

Alors si tu crois ça, je t’invite à faire un tour chez moi !

 

Ouais, je t’invite sur une semaine à m’épier genre « secret story » ! Par contre tu seras déçu…

Bah ouais !

Parce que malgré le fait que je corresponde aux critères de la mères parfaites que l’on peut lire sur les réseaux sociaux, bah j’en chie (désolée pour la vulgarité mais je suis un poil excédée !).

Pourtant, j’ai allaité chacun de mes enfants, je les ai portés, je me suis inspirée de montessori-freinet et les autres, je me passionne pour la neuroscience, je suis mère au foyer et j’ai fait ce choix de l’éducation bienveillante !

Tout devrait être parfait chez moi à en croire les détracteurs de ces choix alternatifs qui les énervent !

Je ne devrais plus jamais JAMAIS CRIER. 

Mais c’est ça c’est en théorie où dans les rêves d’ado d’Aldebert…

 

Parce qu’une journée type chez moi, ça donne :

Je me lève la tronche froissée et le corps usées par ces 6 dernières années. Les enfants sont bien souvent déjà levés, ils sont devant la télé à manger des bonbons qu’ils ont trouvé et réussi à attraper tout en haut de la cuisine.

Ils ont faim. Ils sont affamés. Je leur prépare leur petits déjeunés (un chocolat chaud et deux tartines de brioches) en faisant attention de ne pas me planter, afin d’éviter les cris avant que j’ai eu le temps d’avaler un café.

L’esprit embrouillé, j’écoute leurs rêves, plaintes et complaintes. « Maman, je veux du jus d’orange ! » Mais il n’y pas plus de jus d’orange, papa l’a fini hier soir…

Puis je les laisse regarder le Flapacha pendant que je bois mon café en jetant un œil sur les news. J’ai exactement 13 minutes de temps pour moi dans la journée, tout ça entre les chamailles et les bruits des dessins animés.

Ensuite, ils le savent depuis toujours, on éteint la télé. Mais toujours, ils se plaignent et tentent de gratter du temps sur la tablette (je t’évite le décompte des situations de négociation nécessaire).

Il faudrait qu’ils aillent s’habiller dans la salle de bains… Il faudrait… Mais l’Ainée s’habille dans sa chambre et ne retrouve jamais son pyjama le soir, BabyCadet s’habille en sautant sur le canapé pendant que j’aide le petit dernier à mettre ses sandales à boucles (oui j’aurais mieux fait de lui acheter des scratch).

Ensuite ils vont jouer dehors (quand il ne pleut pas), j’ai donc le temps de passer à la salle de bain pour me préparer, tout en ayant la fenêtre ouverte pour surveiller. J’interviens à peu près 7 fois pour stopper des bastons et rappeler qu’on peut régler un désaccord sans nécessairement se taper. J’aurai pu me préparer en 20 minutes (maquillage compris), ça m’en a pris 75. Mais en même temps, j’ai mis le lave-vaisselle à tourner (après l’avoir vidé et re-rempli), ma deuxième machine tourne, j’ai appelé la banque et j’ai nettoyé le lavabo qui était plein de dentifrice (le double, version verre dépoli vert…)

Je t’évite les nouvelles interventions pour leur demander d’arrêter de hurler et de se battre.

Je survole l’arrangement du salon avant de prendre 3 minutes aux toilettes. Dans les 3 secondes qui suivent la fermeture de la porte, un « Maman t’es ou » résonne nécessairement dans la maison. Je n’ai donc jamais le temps d’aller aux chiottes tranquilles.

J’aurai bien aimé passer l’aspirateur et laver le sol mais je n’ai pas eu le temps puis je constate que le salon que j’avais ranger ne l’ai plus. Je passerai juste un coup de balais en attendant…

Il faut préparer à manger. J’aurai bien préparé des courgettes mais personnes n’aiment ça ! Enfin, si, ils aiment ça mais cuisiné de façon différentes… Ce sera pâtes, salade de tomates !

J’aurai bien aimé partager une super activité avec eux mais j’ai pas eu le temps (si j’en fait une dans la semaine, je suis contente).

Ma frustration est a son comble.

Il n’est pas midi.

L’Homme rentre, j’aimerai qu’il prenne le relais avec les enfants… J’aimerai…

Je commence à me plaindre, à respirer lentement mais parfois je crie…  

Puis le repas, où je m’assois quand tout le monde a fini. L’interruption permanente de mes échanges avec l’homme par un des enfants, me poussent à gérer l’agacement que je ressens (tu peux me voir souvent, à observer les arbres de mon jardin, ça m’apaise).

Dans l’idéal, s’il fait beau, si personne n’est malade, s’ils ne sont pas trop fatigués, on va se balader. Ça fait du bien les balades, à tout le monde. Mais souvent ils n’ont pas envie. Enfin, si, mais pas des mêmes choses : l’une voudrait aller faire du vélo, le deuxième voudrait rester jouer aux pirates et le troisième irait bien à la plage.

Négociations, le retour.

Satisfaire tout le monde est impossible, j’ai déjà essayé d’emmener les pirates à la plage, tout en choisissant cette dernière avec une digue praticable en vélo… J’aurai dut être trois. On a perdu des playmo (le préféré en plus) et l’Ainée est tombée pendant que j’accompagnais le dernier au bord de l’eau… Ou comment passer pour la moins responsable des mamans (sentiment très présent aussi sur l'autonomie qu'ils ont niveau fringues, ils faut toujours qu'on me mes rhabille chaudement... Mauvaise mère que je suis !)

Au gouter, ils sont fatigués, ils ont faim. C’est rapide et intense. Chacun doit avoir la même chose, sinon, c’est le drame !

Il me faut alors passer la dernière heure au-delà de mes limites tout en essayant de ne pas hurler : STOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOP !

Je finis par craquer. Ma faiblesse me fait leur proposer un dessin animé avant la douche. (Bien entendu, c’est la guerre pour choisir le dvd).

L’Homme rentre, il est crevé par sa journée de 10h de taf sur les chantiers ou à l’atelier. Il faudrait qu’on parle de nos soucis de tune mais bon, on va plutôt profiter de ce temps d’accalmie de la descendance pour souffler tous les deux en buvant une bière fraiche !

Ça dure trois minutes, allé 4, avant que l’un des trois ne me coupe la parole pour raconter sa journée à papa qui n’a pas trop la tête à ça.

Ça m’énerve, j’aimerai qu’il gère les enfants le temps que j’aille plier mes trois machines, cleaner la cuisine et finir de trier les fringues en 2 ans du petit dernier…

Mais il a des coups de fils à passer.

Donc là, je suis multitâches !

Ah, il faut aussi préparer le repas ! Et c’était le jour des douches aussi…

Viens l’heure du repas. Si on mange à 5, je mange après tout le monde et froid.

Mon salon est en bordel, il faut que je recommence à nettoyer ma cuisine et que je rappelle la troupe pour ranger les fringues étalées dans la salle de bain.

Et enfin, le temps de l’apaisement…

J’ai laissé tomber les couchers aux rituels intenables. En ce moment, l’Ainée lit l’histoire dans la cabane branlante qu’ils ont fabriqué un jour de pluie. Quand la fatigue arrive, PetitPoisson me rejoint pour une tétée dans le canapé (en mauvaise mère que je suis, ce troisième enfant ne s’est endormi que dans mes bras sur le canapé devant la télé – désolée) et les deux grands s’endorment dans le même lit. Bien souvent, je m’endors avant mon fils… L’homme monte le fils puis s’endort dans le canapé.

Maintenant mes enfants dorment les nuits complètes (ça ne fait que 3 mois), enfin presque… Mais ce n’est pas pour ça que mes nuits sont reposantes. Trois ans à se réveiller 4 fois par nuit (minimum), ça fait prendre un sacré mauvais pli à tes cycles de sommeils, alors l’insomnie me tient compagnie…

 

 

Education bienveillante ou pas, nous sommes des humains qui tentent de vivre en harmonie.

Mais on est des humains avec leurs besoins, leurs envies et leurs limites. On est aussi deux parents avec des histoires différentes et des bagages un peu trop lourdes.

On en chie, ouais !

Mais on ne cherche pas de responsables !

 

Ici, l’éducation bienveillante ne nous a pas changé la vie, elle a juste changé le regard que nous avions dessus. Elle nous a permis d’apprendre à différencier les personnes des situations : je sais que si je m’énerve et que je cris, c’est que j’ai atteint mes limites, pour ne pas dire dépassées…. Mais finalement si je suis bienveillante avec moi tout en respectant mes enfants, ça roule !

Certes, rien ne correspond à l’idéal attendu d’une mère de famille, mais je ne peux pas tout faire ! L’éducation bienveillante m’a appris à lâcher prise sur mes attentes qui étaient bien souvent irréalisables… Déjà que je suis la moins organisée du monde et super exigeante avec moi même (c'est très contradictoire mais c'est moi !)

Chez nous, on a choisi l’éducation bienveillante portant ça cri, ça monte les escaliers énervé, ca claque les porte, ça pleure, ça vide son sac… Mais c’est ça la vie, non ?

 

L’éducation bienveillante nous a surtout appris à accepter l’autre tel qu’il est, sans attentes. Elle nous a ouvert plein de porte sur des façons de faire différemment : le communication non violente (cnv), la troisième méthode de Gordon, la disparition des sanctions, la vie sans chantage, la formulation positive, les quatre accords toltèques…

Je n’ai jamais réussi à appliquer à la lettre les conseils d’isabelle Fillozat, mais je m’en suis inspirée pour trouver la solution qui nous convenait. On a tous le droit de rater, de tomber, de réparer et de recommencer différemment !

 

Mais surtout, l’éducation bienveillante n’est pas un but en soit, elle ne donne pas de résultat immédiat !

C’est un cheminement, c’est une façon de vivre, un chemin de vie...

L’éducation bienveillante c’est ouvrir les yeux sur la vie. C’est arrêter d’être dans l’attente d’une réussite ou d’une satisfaction. C’est lâcher prise sur ce fantasme de famille parfaite véhiculé par la peur de ne pas convenir à une image.

Ma famille n’est pas une image. Mes enfants ne sont pas des images. Mon mari n’est pas une image. Je ne suis pas une image. On est la vie !

 

Alors je n’irai pas leur confectionner une vie au décors calqué sur le monde des bisounours.

 

Par contre je veux être vrai tout comme ils le sont aussi. Je souhaite être respectée et entendue, tout comme je les respecte et que je les écoute. Je souhaite être considérée tout comme eux. Je n’ai pas de pouvoirs magiques me permettant d’accepter de soumettre ma vie à un rôle de mère parfaite qui amortira et résoudra tous les problèmes. Je n’ai pas envie de leur cacher mes limites et de pleurer en cachette parce que je suis une adulte forte et autoritaire. Je n’ai pas envie de leur faire peur pour qu’ils obéissent, d’ailleurs ils savent très bien que si je cris c’est seulement que je suis dépassé par mes émotions.

Je préfère cultiver l’empathie que le socialement présentable !

L’éducation bienveillante m’a libérée des craquant de la petite fille modèle qui doit correspondre à ce qu’on attend d’elle, elle m’a aidé à devenir mère, elle me guide en tant que femme.

L'éducation bienveillante n'est ni une formule magique, ni du laxisme, ça c'est une certitude !

 

Alors oui, c’est les vacances et c’est difficile de garder son calme quand nos limites sont étouffées et dépassées, mais NON ce n’est pas parce que l’enfant est chiant !

ET NON, ce n’est pas la faute à l’éducation bienveillante, ni à cette mère que l’on pense parfaite par préjugé ou culpabilité ! Ce sentiment de culpabilité nous appartient à chacun, ça ne dépend que de nous de le dépasser et de foutre en l’aire ce fantasme de vie impossible à représenter !

 

 

En vous souhaitant tout le bonheur du monde !

Mais qui est donc cette mère parfaite ?

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Elodie 23/08/2017 15:39

J'aime tellement votre blog et votre façon de vous exprimer! Ça change et qu'est-ce ça déculpabilise!

Marie 24/08/2017 18:57

Merci beaucoup <3

Maman-N 18/08/2017 12:19

Je découvre ce blog par cet article et j'adore ! c'est tellement ça !!! J'adhère à tout, et j'avoue que mes journées ressemblent pas mal aux vôtres mdr Je vais du coup aller visiter le reste de ton blog ^^