Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Liberté, rouge à lèvre et escarpins

« Maman, pourquoi tu prends plus de temps pour toi ? 

- Parce que j’aime bien, ma Chérie !

Avec Mewen, on aime bien quand tu mets du temps à te préparer.

Ah bon ?

Oui, on aime bien quand tu t’occupes de toi ! »

 

Voici les quelques mots que tu m’as dit hier midi, entre ton escalope sauce roquefort et ta pomme.

J’ai bien remarqué que depuis quelques temps, tu me regardes différemment….

Ma fille…

 

Ça me fait plaisir quand tu soulignes ces petits détails qui me font du bien… Une paire de boucles d’oreilles sorties du fond de ma boite à bijoux, cette jolie jupe qui tourne, ce rouge à lèvre rouge que j’aimais tant ou encore ce collier que j’avais acheté pour aller avec ma tenue de travail.

 

 

Ma fille…

Faudrait que je te raconte ma vie, avant. Cette vie où je n’avais pas d’enfants. Cette vie où je n’étais que moi et moi.

 

Avant, j’avais 7 rouges à lèvres rouges aux teintes différentes, une collection de mascara énorme, trente-sept paires de chaussures et pleins de jolies jupes.

Avant, je travaillais dans un casino. Chaque jour avant de partir travailler, je prenais le temps de me faire, soit un maquillage de jour, soit un maquillage de soirée quand j’étais de nuit, puis je choisissais minutieusement de jolis bijoux !

Avant, j’avais du temps.

Avant, je sortais beaucoup. Ok, tout le temps ! Vraiment tout le temps !

Avant, ma salle de bains débordait de produits en tout genre : vernis, masques, crèmes, blush…

 

 

Puis, tu t’es logée dans mon bidon. Au fils du temps, mes rondeurs ont fait partir escarpins et chemisiers de mon armoire pour laisser place aux pantalons confortables et aux baskets.

Tout doucement…

Sournoisement…

 

Puis tu es arrivée.

Tu étais si belle.

Si parfaite.

Ma passion de la mode à virer mode enfantine. Je me suis amusée à assortir tes robes à tes bodies et à tes chaussures. A trois mois, tu avais déjà plus de paires de chaussures que moi… Mais ça tu t’en foutais royalement !

Toi, tu voulais ta maman, tout le temps !

Je n’avais plus le temps de prendre une douche, plus le temps de me maquiller. A peine le temps d’enfiler un jogging et un top taché de lait…

 

Il faut que je te le dise : La transition fut difficile pour moi.

Je n’avais plus de temps pour moi.

Rien.

Nada.

 

J’ai pleuré en même temps que toi quand après une semaine de cheveux gras, je te laissais dans ton lit pour sauter dans la douche.

 

Je t’en ai voulu. Oui. Je t’en ai voulu de me prendre mon temps et probablement ma jeunesse…

J’avais 25 ans.

Sept ans à ne vivre que pour la fête.

Cinq ans que j’étais libre de faire ce que je voulais quand je voulais, depuis mon départ de chez mes parents…

Et puis, là, j’avais l’impression de vivre avec un Tiran qui avait décidé de bouffer ma vie. Cette ambivalence qui rythme la vie des mères est tellement chamboulant !

Tellement !

 

 

Alors plutôt que de me perdre dans les regrets, j’ai préféré tout poser à plat.

Après tout, tu n’avais rien demandé, nous avions décidé de ton arrivée dans nos vies, il m’était hors de question de sacrifier ton allaitement pour mon plaisir où une liberté utopique de la mère moderne. Nan, ça ce n’était pas possible pour moi.

 

Alors j’ai trié mes fringues d’avant, ils ne m’allaient plus de toute façon !

Alors j’ai rangé mes rouges à lèvres que ta peau délicate n’aimait pas.

Alors j’ai troqué mes colliers et pendent d’oreilles délicats pour des perles en bois.

Alors j’ai vendu mes chaussures pour ne garder que les plus confortables.

Je ne n’avais plus de temps pour moi dans ma salle de bains ou pour faire du shopping, mais j’avais la fierté de te faire grandir par mon lait ! Et ça c’était tellement plus grisant que de cramer ma carte bleue !

 

 

Quand tu as eu 1 an, j’ai repris la route du casino. J’ai ressorti mes colliers et rouges à lèvres. J’ai repris ce petit rituel de ravalement de façade qui avait pas mal évolué depuis que j’étais maman.

Toi, tu me regardais me maquiller.

Tu riais quand je te chatouillais le bout du nez avec mon gros pinceau.

Tu me regardais avec des étoiles plein les yeux.

Tu t’essayer au lipstick Red façon Picasso.

Et tu me disais, à chaque fois, avant que je quitte la maison :

« Tu es trop belle maman d’amour ! »

 

 

Mais ça n’a pas duré longtemps… Un an.

 

Et quand la grossesse de ton petit frère m’a collée au fond du canapé, j’ai tout rangé !

 

Je ne voulais pas revivre cette colère que j’avais pu ressentir à ne plus être moi du jour au lendemains !

Je savais, à ce moment-là, ce que c’était quand un nouveau-né débarque dans nos vies.

Je savais que ça ne servirait à rien de batailler, de m’énerver, parce que de toute façon mes choix maternels serait plus fort que ma coquetterie !

 

 

Puis, je ne sais pas qui s’est passé…

La maternité m’a envahi du bout des ongles à la pointe de mes cheveux.

Cette maternité m’a fait oublier maquillage, bijoux et chaussures.

La seule chose qui comptait pour moi, à cet instant, c’était vous : mes enfants !

 

J’étais une maman débordée par les demandes de ses enfants, mais je ne m’étais jamais senti aussi moi ! J’étais bien, même en jogging à trainer les même hauts d’allaitement depuis quelques années. J’avais baissé mes armes de femmes fatales pour n’être qu’une mère.

 

J’ai vécu pleinement les premiers mois de tes frères.

 

Je savais…

Je savais qu’être mère d’un nouveau-né c’est difficile.

Je savais que ça ne dure pas…

Je savais que ce temps que je donnais à mes enfants était un capital inestimable !

Je savais que ça ne servait à rien de vouloir être partout, que je n’y arriverai pas…

 

 

Et le temps a passé ma Chéri…

Vous grandissez.

Vous avez, déjà, moins besoin de moi. Vous aimez votre autonomie, votre liberté.

Je ne suis jamais très loin…

Toujours là pour combler vos batteries émotionnelles en cas de besoin.

 

Je suis votre mère à tout jamais, mais je suis aussi cette nana qui aime les fringues et le maquillage !

 

Tu sais quand j’avais 20 ans, je voulais être maquilleuse au cinéma…

J’ai rêvé d’être mannequin aussi, mais mon mètre soixante m’a seulement permis d’être habilleuse sur de merveilleux défilés ! Je garde un souvenir de fou de ce défile de Paco Rabanne, Sonia Rickiel ou encore celui organisé dans cette salle de la tour Eiffel !  Un jour je te montrerai les photos…

 

 

Voilà, ma fille, je reviens avec mon rouge à lèvres et mes bijoux, mes talons et mes jupes.

Ça me fait du bien.

 

Mais surtout, je voudrai te dire que ce n’est pas du tout facile de devenir maman, et ça quelques soit l’âge auquel on enfante… Parce que quand on devient parent, on perd une liberté que l’on croyait éternelle ; je suis sûre que c’est la faute au « quand je serai grande, je ferai tout ce que je veux ! » Foutaise que de faire croire aux enfants qu’ils feront ce qu’ils voudront quand, à leur tour, ils deviendront adultes ! Je trouve ce mensonge pire que l’invention du Père-Noël !

 

 

Peut-être qu’un jour tu deviendras mère à ton tour…

 

Promis, je te raconterai tout, sans tabou.

Promis, je te dirai que c’est difficile mais que ça passe tellement vite que ça ne sert à rien de lutter.

Promis, je ne te jugerai pas et je te soutiendrai toujours dans tes choix.

 

Et quand tu pleureras dans ta douche, en regardant ton bébé-hurleur-dévoreur-de-sein-plus-rouge-qu’une-pivoine parce que tu l’auras posé quelques minutes dans son couffin le temps de te laver, à ce moment, je te soufflerai que c’est normal ce que tu ressens. Je te dirai de ne pas t’en vouloir parce qu’on est toute des bonnes mères malgré ses sentiments complètement ambivalents qui nous submergent. Même que des fois, il t’arrivera de regretter d’avoir eu la folle idée de procréer… Tu repenseras à ce temps de liberté qui te semblera perdu à tout jamais…

 

Mais tu sais…

Ce passage de la douche qui te semble tellement terrible tu l’oublieras vite…

La vie est faite ainsi…

Les petits humains ont besoin des bras de leurs parents mais la société veut les en retirer au nom de la liberté.

 

Mais tu sais…

J’espère que tu prendras ton temps pour les accompagner dans la construction de ces ailes qui les porteront, un jour, loin du nid…

Parce que tu auras à peine le temps de te retourner que ton enfant courra déjà dans la cour de récrée…

Parce que rien ne dure…

Parce qu’on sort toujours la tête du guidon, de l’eau, de notre trou…

Parce que j’ai eu peur que ça dure toujours et que la solution fut dans l’écoute, la communication et la considération.

 

 

Tout ça pour te dire merci.

Merci pour ce petit échange entre l’escalope sauce roquefort et ta pomme, il m’a fait tellement plaisir !

Merci de m’avoir révolutionnée !

 

 

Ma révolution <3

Liberté, rouge à lèvre et escarpins

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Salomé 16/09/2016 16:17

Marie tu m'as émue.
Merci...

Marie 22/09/2016 09:42

Jolihibiscus 16/09/2016 12:38

Ton article est vraiment très touchant j'ai vraiment adoré !

Marie 22/09/2016 09:42

Merci beaucoup ❤️

Mathilde 16/09/2016 12:31

Merci pour ce texte très touchant que j'ai su apprécier et comprendre meme si je n'ai pas d'enfant.

Bisous
Mathilde's Closet

Marie 22/09/2016 09:43

Merci beaucoup, je suis touchée par ton com. Belle journée ❤️