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Cette césarienne... médicalement nécessaire ?

Ce vendredi 10 avril, l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), suite à un rapport sur la pratique des césariennes, a recommandé, pour la toute première fois, que ces césariennes ne soient effectuées que lorsqu'elles sont "médicalement necessaires".

 

"Médicalement necessaires..." Ce terme raisonne dans ma tête...

 

J'ai mis beaucoup de temps à l'accepter.

Puis après tout, ma fille était en parfaite santé, c'était le principale !

 

Mais quand même ! Elle me laisse un goût amère cette césarienne...

 

 

 

J'ai débarqué à la maternité un dimanche soir. Le dimanche 12 juillet 2009.

 

Pour une premier bébé, le travail est toujours long... Il fut long aussi à mettre en mots.

Là, je voudrais juste te parler de cette césarienne.

 

On était euphorique. J'étais à 5 de dilatation, il y avait du liquide pour une péridurale efficace pour encore cinq heures. On a décidé de prévenir nos parents : Dans 5h ils seraient grand-parents pour la toute première fois !

 

Le gynécologue est rentré. Chéri est sorti fumer une clope.

Il m'a à peine dit bonjour ce gynécologue. Je crois qu'il n'a vu que l'entrée de mon vagin en rentrant dans cette salle de naissance ; et alors qu'on ne s'était jamais rencontré, il s'immisce dans mon intimité pour me parler d'un col de l'utérus qui n'avance pas.

Huuuuuummmmm, et...

La sage femme fait la moue. Ils semblent en désaccord.

Elle mesure mon col à son tour.

Ils échangent des regards. Elle fait non de la tête.

 

Pendant ce temps, je suis seule, sans mon mec, les pattes écartées dans des étriers froids alors que deux inconnues explorent mon col de l'utérus sans même me considérer.

Sinon, je suis une femme, une primipare en devenir. Je vie au 21eme siècle et même que j'ai des droits !

 

Ils dit "Si" !

Elle dit "non" !

Le gynécologue commence à s'énerver... Je pourrais presque voir de la fumée sortir de ses oreilles.

Ce monsieur, énervé, entraîne cette sage femme en désaccord dans un vestibule qui se situe entre la salle d’accouchement où je suis et celle d'a côté.

Ça gueule dans le vestibule !

Mais bon, l'ancien veut avoir raison, on dirait ! Ça dure cinq minutes...

 

C'est long cinq minutes quand tu ne sais pas ce qui se passe et que tu attends, seules, dans le bip des machines au centre d'une pièce recouverte d'un carrelage beige, vestige des seventies.

 

Ils reviennent !

La sage-femme ne me reparlera pas. Le gynécologue a pris la place du maître.

"Bon, ca n'avance pas bien vite ! Le bébé a une bosse sérosanguine, il faut faire une césarienne. Le temps de préparer le bloc et on vient vous chercher"

Ils sortent.

 

Je suis toujours allongée, les jambes dans les étriers. Je suis seule.

Je ne sais pas ce qui se passe. J'ai peur. Je veux ma maman...

 

Chéri rentre. 

J'arrive à peine à lui dire que je vais avoir une césarienne.

J'ai littéralement les boules. Je n'arrive pas à parler. Je n'arrive pas à pleurer.

Je... Je... Je ne comprends pas. Je ne veux pas de césarienne !

Mais je comprends bien que mon avis n'a aucune valeur...

 

Nous sommes donc le mardi 13 juillet 2009, aux alentours de 17h.

 

Je me sens si mal, si abandonnée...

 

Puis tout s’enchaîne, plein de personnes entrent dans ma salle d'accouchement. On me rajoute des trucs dans la perf, on ne me dit pas grand chose. On demande à Chéri de quitter la salle.

Ça s'affole dans les préparatifs autour de moi.

J'ai envie de pleurer, j'ai peur, mais je n'y arrive toujours pas.

 

Je suis mise sur un brancard et on me sort de la salle d’accouchement. 

Derrière la porte à double battant, il y a mon amoureux qui semble aussi perdu que moi. Il me vole un bisous et on m’embarque vers le bloc qui se trouve dans le fond du couloir à gauche.

Chéri est seul au bout de ce couloir. 

Il y a d'un coup un grand silence. Ils l'ont abandonné là, le futur papa, sans lui avoir rien dit. Il oscille entre panique et abandon. Finalement, une femme lui demande ce qu'il fait là et lui ordonne de retourner dans la chambre, qu'on viendra le chercher...

 

 

Revenons au bloc.

 

Ça bouge trop autour de moi ! J'en aurai presque le tournis.

 

Le gynécologue s'impatiente. La rachianesthésie est trop longue à prendre. Il râle après l'anesthésiste ; le malheureux n'y peut pourtant pas grand-chose... 

Pendant ce temps qui me semble durer une éternité, l’assistante de l'anesthésiste tente de me rassurer... Je reste marquée par sa question à laquelle je me retrouve incapable de répondre : "Quel beau prénom portera votre petite fille ?

Je n'arrive pas à lui répondre, cette boule d'angoisse qui me sert la gorge m'empêche de prononcer le moindre mot, pas même le prénom de ma fille ! Ce doux prénom, nous l'avons pourtant choisi avec amour, je me suis amuser à le retranscris dans plein de situations, m'amusant à le murmurer, le crier, le susurrer... Mais là, impossible de le dire. 

Je reste le regard plonger dans les yeux de cette assistante, je lui demanderai presque de l'aide si j'arrivais à parler.

Pendant ce temps, on m'attache les bras. Je suis choquée de me retrouvé attachée comme le christ, mais pourquoi m'attache t on ? J'ai le corps complètement endormi, je ne risque pas de me sauver ! Je ne peux même pas m’asseoir...

Le gynécologue n'arrête pas de râler en me mettant des petits coups de scalpel.

"Encore cinq minutes", lui précise l'anesthésiste qui semble vraiment agacé.

"Bon j'y vais !"

Je sens un premier coup de scalpel m'entailler la peau du ventre. Il glisse sur mon ventre alors que des larmes coulent enfin de mes joues... Ma grossesse se termine ainsi.

 

"Rhooo, merde", balance t il, "il est déjà là ! Ciseaux"

Il vient de mettre un coup de scalpel à ma fille. Elle naîtra avec une entaille au front.

 

Je ressens chaque coup de ciseaux qui ouvre mon utérus. Et le bruit... Il me marquera plus que le premier cri de ma fille ! Ça fait le même bruit que lorsqu'on ouvre un poisson... C'est vraiment particulier.

C'est alors qu'arrive l'assistante de ce cher gynéco :

"Docteur, c'est votre femme au téléphone, elle demande pour le déjeuner de demain ?"

Il lui fait signe d'approcher.

Le téléphone collé à l'oreille par son assistante, il continue de m'ouvrir le ventre tout en confirmant à sa femme leur déjeuner du 14 juillet au Golf.

Oui, oui, tu as bien lu !!!

(Et moi, j'en tremble encore de colère en écrivant ces mots !)

C'est alors qu'on me secoue. Je sens comme un gros vide en moi.

 

Ma fille est née.

 

Un homme la tiens, il me la présente.

Elle ne pleure pas. Elle me fixe d'un regard fort qui m'accroche immédiatement. Elle semble paniquée. Je garderai à jamais l'intensité de ce regard gravé en moi.

L'homme l'approche de mon visage.

Je pleure, pleure, pleure... La boule qui me serrait la gorge a disparu laissant place à un flot de larmes ininterrompu. Je susurre un "qu'elle est belle..." C'est alors qu'elle se met à pleurer elle aussi.

Ma fille est emportée pour les soins. Elle va parfaitement bien.

 

Je ne cesserai de pleurer durant le temps interminable que mettra le gynécologue à me recoudre.

Je suis vide de mon bébé mais pleine de ce besoin de l'avoir près de moi...

Pendant ce temps, on me remet les entrailles en place. Je sens mon œsophage remonter (sensation vraiment particulière...), j'ai envie de vomir, j'ai mal.

La couture se termine, le gynécologue s'en va me saluant à peine.

 

 

Chéri ne sera pas averti immédiatement de la naissance de notre fille. Il est toujours dans la chambre, seul. Une femme viendra le chercher 15 minute plus tard.

Les soins auront été fait.

Il découvre notre fille sans trop d'émotion. Il n'arrivera pas à pleurer lui non plus.

 

 

Je reste au bloc avec des femmes qui tentent de me réconforter tant bien que mal.

Je pleure, je vomis.

Elles continuent de me réconforter comme une petite fille, me recoiffent, me caressent les épaules, me rassurent. 

Une infirmière rentre au bloc surprise de la façon dont le jeune papa appréhende son premier bébé "On dirait qu'il a fait ça toute sa vie !". Ces mots me décrochent un petit sourire. Ça me rassure de savoir ma fille en bonne santé et près de son papa.

Je suis mise sur un brancard pour rejoindre la salle de réveil.

Les infirmières me recoiffent une dernière fois...

 

Les portes s'ouvrent. Sur ma gauche, il y a la salle de soin. Dans l'encadrement de la porte apparaît alors mon amoureux, notre fille lovée au creux de ses bras...

Il me la présente. Je pleure. Elle pleure. Il me la met dans les bras.

Je suis gauche. Je ne sais comment la prendre. Elle grimpe sur moi à la recherche du sein nourricier mais on lui interdit de téter... Il faut qu'elle attende à cause de l'anesthésie, alors elle se met à téter les électrodes que j'ai sur la poitrine. Ça nous fait rire.

Après quelques photos souvenirs, on m'embarque pour le sous-sols de l’hôpital vers la salle de réveil (je suis au cinquième étage de l’hôpital).

Tout le long du trajet, je pleurerai.

Je resterai 1h30 en salle de réveil... Une éternité sans nouvelle de mes amours.

Je passe tout ce temps à pleurer.

 

Pendant ce temps, Chéri est avec notre fille...

Mais il ne reste pas sous la surveillance de l'équipe ; sans doute que ça se bouscule dans le bloc et les salles de naissances. Chéri est renvoyé dans notre chambre.

La famille est là.

Notre fille pleure, elle ne reste pas en place en peau à peau sur Chéri.

Personne de l'équipe de la maternité n'est là pour guider le jeune papa. En famille, notre fille est habillée part des grands-mères un peu maladroite. Ça dure trop longtemps, notre fille se refroidit.

Elle pleure, hurle... Elle passe de bras en bras pour les photos.

Elle pleure.

Peu de temps avant mon retour, l'équipe s'inquiète enfin et débarque dans la chambre. Notre bébé s'est refroidit, elle ne va pas très bien. On parle d'un biberon de préparation artificiel et de couveuse...

 

En salle de réveil, on m'annonce que je remonte !

HiiiiHaaaa ! Bonheur !

D'un coup je me sens si forte !

 

J'arrive dans la chambre en même temps que la couveuse. Mon cœur bondit dans ma poitrine !

Je m'inquiète ! Que se passe t il ?

Une sage femme m'explique alors que notre fille s'est refroidit, que ce n'est rien de grave, qu'elle va boire un biberon de LA et faire un petit séjour en couveuse.

Une autre sage femme arrive proposant de tenter une mise au sein.

 

Mes parents et mes sœurs m'embrassent et me quittent.

La maman de Chéri et son ami restent.

 

On tente la mise au sein. La première, près de deux heures après sa naissance. Deux longues heures interminables où elle n'aura fait que pleurer. Elle aura débuté sa vie en pleurant jusqu'à épuisement...

Dès que je la prendrai dans mes bras, elle cessera de pleurer. Elle prendra sa première tétée comme une chef et s'endormira sur moi réchauffée, repue et rassurée.

 

Ma belle famille part.

Les sage-femme font de même. Tout est rentré dans l'ordre, elles rembarquent la couveuse.

 

Nous voilà, enfin, seuls. Moi, Chéri et notre fille endormit sur moi.

Elle est si belle...

Je m'endors à mon tour.

 

Ma fille est née sans que j'ai pu accoucher. On a fait naître ma fille par extraction sans urgence vitale.

 

Je resterai six jours à la maternité sans aucunes aides pour l'allaitement.

Je me prendrai la tête avec une puèr quant au fait d’assister à une réunion sur les biberons que je ne considère pas utile... "De toute façon, il faudra bien qu'elle passe au lait en poudre vot' fille ! et là, vous ne serait pas comment vous y prendre ! Vous savez à quoi vous en tenir !"

 

Je ne reverrai jamais la sage femme qui m'a accouchée.

Je ne reverrai jamais le gynécologue qui m'a fait cette césarienne.

 

J'aurais juste voulu qu'on m'explique cette césarienne dont personne n'a pu me donner la raison valable qui aurait engendrée une urgence.

J'ai découvert au fils de mes recherches qu'une bosse sérosanguine n'était pas une urgence et ne nécessitait aucunement une césarienne. D’ailleurs ma fille n'en avait pas à la naissance.

 

Je mettrai longtemps à récupérer le compte rendu de mon accouchement... Près de deux ans et demi, pour confirmer que ce gynécologue a menti sur la lettre de rapport officiel fait à mon gynécologue.

Il a menti. Il m'a trompée.

Il m'a fait une césarienne pour complaisances personnelles, je n'en démordrais jamais !

Il m'a volé la naissance de mon premier bébé.

 

Pour son confort personnel (où son porte feuille), il a détruit le lien que j'avais tissé pendant 9 mois d'une grossesse merveilleuse qui s'est terminée en un cauchemar. Pendant cette césarienne je me suis senti détachée de mon corps de mon bébé. On m'a volé mon corps, je n'étais rien qu'un numéro supplémentaire. Il n'y a rien eu d'humain dans cette naissance.

Je mettrai de longs mois à accepter ma fille, à accepter d'être mère. Elle pleurera beaucoup, moi aussi. Heureusement, il y a eu l'allaitement, cet or blanc qui maintenait quelque chose entre elle et moi, qui m'a fait me sentir utile moi la nana qui avait été incapable de faire naître son enfant normalement.

 

Aujourd'hui, ce gynécologue est en retraite ! Et c'est tant mieux !

Mais il a entraîné dans son giron de fana du bistouri tout une équipe de gynécologues et de sages femmes dans ce service de maternité où les césariennes inexpliquées sévices toujours...

Quand je vois le nombre de jeunes mamans à avoir accouché dans cet hôpital et dont l'accouchement s'est mal déroulé, j'ai la rage !!!

 

 

Se rendent ils compte de l’importance pour une femme de bien vivre son accouchement pour pouvoir devenir une mère sereinement ?

Ont ils conscience que, malgré que, les naissances soient leur routine, elles restent des jours uniques pour chaque femme, chaque mère, chaque homme, chaque père ?

Comprendront ils un jour l'importance d'une naissance respectée ?

 

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À propos

Marie

Maman de trois enfants {I. 6 ans, M. 3 ans, E. 18 mois } passionnée par l'éducation positive et respectueuse, je partage ici mon quotidien de bretonne sur le chemin de la non violence éducative. Vous y trouverez aussi tous plein de petits bonheurs, mes coups de cœur et tout ce qui ponctue mon quot
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paloma 04/05/2015 23:35

Bonjour,
je suis vraiment désolée de lire ce récit. Bravo d'avoir réussi à mettre de mots dessus. D'expérience, ça fait du bien ... !
Il faut absolument que vous l'envoyiez à la maternité où vous avez accouché, à différentes personnes, aux sages-femmes, aux gynéco, bref il faut que votre récit soit entendu et provoque une réflexion. Vous rendrez un immense service à toutes les femmes qui vous suivront, et peut-etre aussi à du personnel soignant qui désapprouve ces pratiques mais est "obligé" aujourd'hui de se taire (je pense à la sage-femme dont vous parlez au début du récit)
de mon coté, après une expérience compliquée avec une gynécologue de ma maternité, j'ai parlé avec les sage-femmes. Elles m'ont dit qu'énormément de patientes se plaignaient (par oral) mais que personne n'avait jamais envoyé de courrier, du coup les sages-femmes sont au courant des problèmes mais ceux ci ne sont pas discutés en comité de direction. Bon courage.

Maman Breizhou et sa Poupette 24/04/2015 09:28

Quel enfer tu as du vivre... Mais c'est quoi cet hopital ? Gâcher ce moment, c'est une faute grave...

aurelie 18/04/2015 14:15

bordel de mer** j'ai tellement les boules pour toi, pour vous, ces gens sans aucun respect!!!
Comment peuvent ils vivre normalement en se comportant de la sorte....

Tu as demandé ton dossier médical à la maternité? Tu as le droit de le récupérer meme si ils sont parfois hésitant à le donner il faut batailler, mais tu auras les détails des événements...

Moulthilde 15/04/2015 14:03

J'aurais pu écrire ce récit, quasiment mot pour mot. Sauf que moi la gynéco était très gentille, mais en fin de garde donc elle est vite partie et je me suis retrouvée bien seule. As tu envoyé ton récit à l'hôpital ? Il est très bien écrit et ça peut faire réfléchir, dans la mesure où ils sont obligés de te faire une réponse ils seront obligés d'en parler, de se replonger dans ton dossier. A force qu'on le dise, même si ça ne fait réfléchir qu'une seule personne, et même si c'est des années après, c'est peut-être plusieurs mamans qui auront des césariennes évitées ou mieux accompagnées...

Maman Fatiguée 15/04/2015 12:13

Une césarienne sans urgence est vraiment difficile à accepter mais la tienne à du être une véritable horreur. Pour mon premier aussi ça a fini en césarienne mais le personnel a été un peu plus sympa. Sauf pour l'allaitement ! Mais c'est vrai qu'on a du mal à s'en remettre psychologiquement, on a l'impression qu'on nous a volé cette naissance. Les gens au tour de moi ne comprennent pas que nous je dis "oui je lui ai donné la vie mais je ne lui a pas donné naissance". Un accouchement par voie basse n'a rien à voir c'est vraiment un moment magique et ce n'est pas normal que des médecins s'approprie CE moment parce que ça les arrangent !